Texte libre

Dimanche 27 août 2006

Voilà les parasols ensablés repliés, les fugaces villégiatures en conserves numérisées que viendront picorer les nostalgies désensoleillées que déjà, tels de fallacieux Prométhées, les marchands de pages surgissent, dans le rôle de la mater familia consolant ses plébéens en annonçant que les armoires sont pleines de couvertures en piles bien serrées, que l'automne sera chaud et douillet, les voici venant éclairer nos obscurités culturelles des halos ptolémaïques, eux, dignes descendants de ce siècle des lumières. Ô gloria, voilà la saison où poussent les livres que l'on décharge à la fourche et eux, fiers éditeurs, clergé du savoir en robe d'apparat, trompettant leurs chiffres car oui, c'est là que le bât blesse, ils ne sont que marchands et leurs chiffres annoncent assez qu'ils ne sont finalement que des comptables.

Qui pourrait se plaindre des 682 parutions annoncées ?

375 fictions françaises, 205 dans le domaine étranger et 102 premiers romans, voilà une récolte comme on les aime ! Bien sûr, la littérature est une richesse dont on ne saurait ici énumérer les bienfaits tant elle en compte et conséquemment, chaque édition est un bienfait alors quoi ? Pourquoi ce ton acerbe, cette acrimonie ? N'y a t-il pas là à la fois le choix, l'émergence de nouveaux talents, la résurgence de talents confirmés prometteuse de bons moments d'évasion et d'érudition ?

Abondance de biens ne nuit pas diront les psitacistes or, c'est oublier que la littérature n'est pas le poireau et qu'elle n'a pas de saison, que l'hyperproductivité n'a jamais servit ni la qualité ni le renouveau. C'est oublier que les ordonnanceurs de cette grande foire sont les mêmes qui ont étouffés les éditeurs indépendants dénicheurs de talents, les téméraires qui vont chercher hors de cette littérature en série les auteurs ambitieux, inventifs, originaux, que ce sont eux qui tuent la librairie comme la grande distribution tuent les agriculteurs, eux qui imposent leurs circuits de distribution. Par ces chiffres on veut nous démontrer que l'édition se porte bien, certes mais la littérature, comment se porte t-elle ?

Combien de libraires auront le loisir d'exposer, de proposer, de défendre chacun de ces 682 romans ? Le libraire, le lecteur ne peuvent tout lire, tout connaître de chacun des ouvrages et chacun va donc se fier aux catalogues et aux publicités que les marchands proposeront et à qui bénéficiera le système ? A ceux vers lesquels iront les budgets pourvoyeurs sans risques d'une rentabilité financière, ceux que l'on alignera au départ du prix qu'on court. Que va t'on nous vendre ? Angot, Nothomb, Werber, Gaudé, Ferney, Bon, Huston, Irving, Updike et qui entendra parler de Desalmant, Krauss ou Mercier ces trois premiers romans noyés dans cette vague, pour lesquels on ne va pas mettre le budget en péril ? Ces livres qui n'ont plus que quelques semaines, au mieux, à passer sur la table du libraire car vite, il faudra faire de la place aux émois des présidentiables.

Il n'y a, bien sûr ici, aucun dénigrement des qualités littéraires des uns ou des autres, juste la dénonciation d'une imposture dont on se vante en en masquant l'évidente perversité.

Messieurs les éditeurs, le livre n'a pas de saison, publiez toute l'année, tous les jours sans noyer les uns sous le rouleau compresseur des autres, donnez sa chance à tous. Halte au bazard littéraire, oui à la littérature.

 

par DITEAU publié dans : ACTUALITES LITTERAIRES
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Dimanche 27 août 2006

 

Perec Né à Paris le 07 Mars 1936 et mort à Ivry le 03 Mars 1982, Georges Perec, fils de juifs polonais exilés, fut un vrai « malaxeur » de la langue française.

Son père décédé au front en 1940, sa mère décédée en déportation en 1943, c’est par la famille de son père qu’il est élevé et portera toute sa vie durant ce vide originel.

Après d’hasardeuses études de lettres et de psychologie, il publie en 1965, après plusieurs tentatives infructueuses, son premier roman intitulé « Les Choses » qui raconte, avec le froid détachement de l’imparfait de l’indicatif, la vie d’un jeune couple au début des années soixante. De la description d’un espace habité aux études de consommation auxquelles travaillent les héros, c’est l’avènement de la société de consommation que nous raconte Perec. Il définira d’ailleurs son livre comme celui des lieux de la fascination mercantile. Tout de suite remarqué par la critique, il obtient d’emblée le prix Renaudot.

L’année suivante, il publie un savoureux « Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? », petit livre plein d’humour contant les mésaventure d’un jeune homme qui souhaite se faire réformé pour éviter le départ en Algérie.

« Un homme qui dort » publié en 1967 est une longue litanie somnambulique à la deuxième personne du singulier. Le narrateur n’a ni envie, ni désir, ni colère. Un hymne au vide dont il sera tiré un film.

Le roman suivant « La Disparition » publié en 1969 marque un tournant dans l’œuvre perecquienne. Entre temps, Georges Perec a fait connaissance avec l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) créé par Raymond Queneau et François Le Lionnais, atelier dont il deviendra l’un des animateurs principaux. Il s’agit d’expérimenter toute les formes d’écriture, de l’écriture automatique (une feuille, un stylo et l’on écrit ce qui nous passe par la tête) à l’écriture la plus volontairement contrainte. Perec devient l’un des maîtres de cette dernière.

Ainsi, son roman suivant « La Disparition » est-il un roman lipogrammatique, à savoir qu’il ne comporte pas une seule fois la lettre « e » ce qui revient à se priver de deux tiers des mots existants et ce sur 320 pages. Loin du vide exploré précédemment, il y a là une profusion narrative extraordinaire, un travail syntaxique et lexical éblouissant sous couvert de roman policier à rebondissements incessants. L’incipit, de la main de l’auteur, dit : « Trois cardinaux, un rabbin, un amiral franc maçon, un trio d’insignifiants politicards soumis au bon plaisir d’un trust anglo saxon ont fait savoir à la population par radio puis par placards qu’on risquait la mort par inanition. On crut d’abord à un faux bruit. »

Georges Perec devient le spécialiste du palindrome, de l’hétérogramme ou du lipogramme.

En 1975 parait « W ou le souvenir d’Enfance », roman d’investigation autobiographique ramenant les camps de la mort.

Son grand œuvre reste toutefois « La Vie mode d’Emploi » publié en 1978 et qui obtint le prix Médicis. Un roman de près de 600 pages qui ne laisse pas voir l’incroyable construction mathématique sur laquelle il est bâti. Il s’agit d’une multitude d’histoires (107 au total) – d’où le sous-titre « Romans » au pluriel - brodant les destins d’Hommes pris dans le dilemme de leur présence ou leur absence au monde. Il s’agit en effet d’observer la vie des locataires d’un immeuble dont on aurait enlevé la façade. Pour en arriver là Perec a construit une véritable usine à romans. Des dizaines et des dizaines de listes (objets, attitudes, lieux, vêtements, auteurs, vêtements, citations…) alimentant plus d’une vingtaine de bi-carré latin orthogonaux d’ordre 10 (un damier de dix cases sur dix recelant chacune un couple issue des listes). Il s’agit ensuite de déplacer, comme dans un jeu d’échec, un cavalier virtuel pour lui faire parcourir, dans un ordre prédéfini, les 100 cases sans répétition ni omission. Ainsi, du nombre de chapitres (99) à la longueur de chacun tout était prédéterminé sous forme de contraintes à respecter. Bien sûr, le « jeu », est multipliable presqu’à l’infini.

Un « Cahier des charges de La Vie Mode d’Emploi » a été publié par les éditions Zulma en 1993 reproduisant en fac-similé tout cet incroyable travail préparatoire.

Il publiera encore « Un cabinet d’amateur » du nom du somptueux tableau de Guillaume Van Haecht, excellent livre sur l’épuisement du roman et « la cloture et autres poèmes » en 1980 avant de s’éteindre à l’âge de 46 ans laissant inachevé « 53 jours » roman qui paraîtra néanmoins en 1989.

Il a également publié « La boutique obscure » (1973) ou « je me souviens » (1978), "Les revenentes" ou "Tentative d'épuisement d'un lieu"(posté dans une rue il la décrit complètement y compris trottoirs, ombres, caniveaux, jusqu'à n'avoir plus rien à en dire), entres autres car nombreux furent ces écrits, mots croisés et jeux de lettres en tous genres.

par DITEAU publié dans : PORTRAITS D'AUTEURS
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Jeudi 10 août 2006

Sterne Pasteur anglican né le 24 novembre 1713 à Clonmel en Irlande du sud et mort à Londres le 18 mars 1768.

Après des études à Halifax puis au Jesus college de Cambridge, il entre dans les ordres et se voit attribué la cure de Sutton-in-the-forest gràce au soutien de son oncle, chanoine d'York. Deux ans plus tard on lui confie également la cure de Stillington. Il est également prébendier de la cathédrale d'York. Vingt ans s'écoulent ainsi sans évènement notable si ce n'est qu'il n'est pas un pasteur très zélé, allant même jusqu'à oublier quelques offices occupé qu'il est par la chasse aux perdrix. Bien que marié depuis 1741 à Elizabeth Lumley, il mène joyeuse vie au sein d'un cercle de bons vivants surnommés "les démoniaques".

En 1747 parait sa première publication qui est en fait un sermon prêché à York. Il écrit en 1749 un sketch comique à propos d'une querelle survenue au sein du chapitre de la cathédrale, texte qui ne sera publié qu'après sa mort et qui témoigne de son talent d'humoriste.

Rien ne semble devoir l'arracher à sa vie provinciale lorsqu'il publie fin 1759 les deux premiers volumes de "Vie et Opinions de Tristram Shandy". Si ces deux premiers volumes firent scandale de par leur indécence à York, à Londres on ne tarit pas d'éloges sur son audace et son esprit. Il y est invité chez les princes et Lord Fauconberg lui fait obtenir l'importante cure de Coxwold. C'est donc là qu'il s'installe avec la ferme intention de ne faire qu'écrire et de publier deux volumes de son Tristram Shandy par an. Ainsi paraissent les volumes 3 et 4 en 1761 et les 5 et 6 en 1762. Sa santé devenue précaire le pousse, sur les conseils de son médecin, à aller se reposer dans le sud de la France. De passage à Paris, il est reçu avec enthousiasme et il en profite pour faire connaissance avec la haute société française. Il fait aussi connaissance avec une Catherine de Fourmantelle demeurant à York qui fut l'objet d'une correspondance révélant son caractère tout comme Elizabeth Draper, son dernier amour concluant de nombreux succès féminins.

De retour en Angleterre, il publie en 1765 les volumes 7 et 8. C'est au retour d'un voyage en Italie (toujours pour des raisons de santé) qu'est publié le neuvième et dernier volume de son grand oeuvre.

Ce roman sans précédent où il use de tous les artifices stylistiques (tirets, pages blanches ou toutes noires, blancs, interjections...) ou rhétoriques est à la fois d'une rare érudition (les deux premiers volumes publiés par les éditions Tristram en 1998  en un tome de 460 pages compte pas moins de 230 pages de notes obligant ledit éditeur a cesser cette édition et à la reprendre en un seul tome mais sans ou très peu de notes tant l'ouvrage est riche) et d'un humour satirique dont les moeurs de la bonne société, des ministres sont les victimes. Inspiré par Cervantés, Rabelais ou Voltaire, il a surtout servit d'exemple à de nombreux auteurs parmi lesquels nous citeront Diderot ou Joyce. Construit d'incessantes digressions, de reflexions philosophiques, de traits d'humour voire de boufonnerie, le héros Tristram Shandy n'apparait finalement qu'à la toute fin de l'ouvrage, les déboires et débats passionnés de la famille Shandy, de leurs amis et de leurs domestiques, qu'ils concernent l'obstétrique, l'amour ou l'art de la guerre, nous passionnant jusque là.

Il s'agit là de l'objet littéraire le plus libre, le plus "éclaté" le plus jubilatoire, le plus instruit et subversif qui soit !

Les éditions Tristram citées plus haut l'ont donc réédité en un tome en 2004.

par DITEAU publié dans : PORTRAITS D'AUTEURS
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