Texte libre

Dimanche 27 août 2006

 

Perec Né à Paris le 07 Mars 1936 et mort à Ivry le 03 Mars 1982, Georges Perec, fils de juifs polonais exilés, fut un vrai « malaxeur » de la langue française.

Son père décédé au front en 1940, sa mère décédée en déportation en 1943, c’est par la famille de son père qu’il est élevé et portera toute sa vie durant ce vide originel.

Après d’hasardeuses études de lettres et de psychologie, il publie en 1965, après plusieurs tentatives infructueuses, son premier roman intitulé « Les Choses » qui raconte, avec le froid détachement de l’imparfait de l’indicatif, la vie d’un jeune couple au début des années soixante. De la description d’un espace habité aux études de consommation auxquelles travaillent les héros, c’est l’avènement de la société de consommation que nous raconte Perec. Il définira d’ailleurs son livre comme celui des lieux de la fascination mercantile. Tout de suite remarqué par la critique, il obtient d’emblée le prix Renaudot.

L’année suivante, il publie un savoureux « Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? », petit livre plein d’humour contant les mésaventure d’un jeune homme qui souhaite se faire réformé pour éviter le départ en Algérie.

« Un homme qui dort » publié en 1967 est une longue litanie somnambulique à la deuxième personne du singulier. Le narrateur n’a ni envie, ni désir, ni colère. Un hymne au vide dont il sera tiré un film.

Le roman suivant « La Disparition » publié en 1969 marque un tournant dans l’œuvre perecquienne. Entre temps, Georges Perec a fait connaissance avec l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) créé par Raymond Queneau et François Le Lionnais, atelier dont il deviendra l’un des animateurs principaux. Il s’agit d’expérimenter toute les formes d’écriture, de l’écriture automatique (une feuille, un stylo et l’on écrit ce qui nous passe par la tête) à l’écriture la plus volontairement contrainte. Perec devient l’un des maîtres de cette dernière.

Ainsi, son roman suivant « La Disparition » est-il un roman lipogrammatique, à savoir qu’il ne comporte pas une seule fois la lettre « e » ce qui revient à se priver de deux tiers des mots existants et ce sur 320 pages. Loin du vide exploré précédemment, il y a là une profusion narrative extraordinaire, un travail syntaxique et lexical éblouissant sous couvert de roman policier à rebondissements incessants. L’incipit, de la main de l’auteur, dit : « Trois cardinaux, un rabbin, un amiral franc maçon, un trio d’insignifiants politicards soumis au bon plaisir d’un trust anglo saxon ont fait savoir à la population par radio puis par placards qu’on risquait la mort par inanition. On crut d’abord à un faux bruit. »

Georges Perec devient le spécialiste du palindrome, de l’hétérogramme ou du lipogramme.

En 1975 parait « W ou le souvenir d’Enfance », roman d’investigation autobiographique ramenant les camps de la mort.

Son grand œuvre reste toutefois « La Vie mode d’Emploi » publié en 1978 et qui obtint le prix Médicis. Un roman de près de 600 pages qui ne laisse pas voir l’incroyable construction mathématique sur laquelle il est bâti. Il s’agit d’une multitude d’histoires (107 au total) – d’où le sous-titre « Romans » au pluriel - brodant les destins d’Hommes pris dans le dilemme de leur présence ou leur absence au monde. Il s’agit en effet d’observer la vie des locataires d’un immeuble dont on aurait enlevé la façade. Pour en arriver là Perec a construit une véritable usine à romans. Des dizaines et des dizaines de listes (objets, attitudes, lieux, vêtements, auteurs, vêtements, citations…) alimentant plus d’une vingtaine de bi-carré latin orthogonaux d’ordre 10 (un damier de dix cases sur dix recelant chacune un couple issue des listes). Il s’agit ensuite de déplacer, comme dans un jeu d’échec, un cavalier virtuel pour lui faire parcourir, dans un ordre prédéfini, les 100 cases sans répétition ni omission. Ainsi, du nombre de chapitres (99) à la longueur de chacun tout était prédéterminé sous forme de contraintes à respecter. Bien sûr, le « jeu », est multipliable presqu’à l’infini.

Un « Cahier des charges de La Vie Mode d’Emploi » a été publié par les éditions Zulma en 1993 reproduisant en fac-similé tout cet incroyable travail préparatoire.

Il publiera encore « Un cabinet d’amateur » du nom du somptueux tableau de Guillaume Van Haecht, excellent livre sur l’épuisement du roman et « la cloture et autres poèmes » en 1980 avant de s’éteindre à l’âge de 46 ans laissant inachevé « 53 jours » roman qui paraîtra néanmoins en 1989.

Il a également publié « La boutique obscure » (1973) ou « je me souviens » (1978), "Les revenentes" ou "Tentative d'épuisement d'un lieu"(posté dans une rue il la décrit complètement y compris trottoirs, ombres, caniveaux, jusqu'à n'avoir plus rien à en dire), entres autres car nombreux furent ces écrits, mots croisés et jeux de lettres en tous genres.

par DITEAU publié dans : PORTRAITS D'AUTEURS
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 10 août 2006

Sterne Pasteur anglican né le 24 novembre 1713 à Clonmel en Irlande du sud et mort à Londres le 18 mars 1768.

Après des études à Halifax puis au Jesus college de Cambridge, il entre dans les ordres et se voit attribué la cure de Sutton-in-the-forest gràce au soutien de son oncle, chanoine d'York. Deux ans plus tard on lui confie également la cure de Stillington. Il est également prébendier de la cathédrale d'York. Vingt ans s'écoulent ainsi sans évènement notable si ce n'est qu'il n'est pas un pasteur très zélé, allant même jusqu'à oublier quelques offices occupé qu'il est par la chasse aux perdrix. Bien que marié depuis 1741 à Elizabeth Lumley, il mène joyeuse vie au sein d'un cercle de bons vivants surnommés "les démoniaques".

En 1747 parait sa première publication qui est en fait un sermon prêché à York. Il écrit en 1749 un sketch comique à propos d'une querelle survenue au sein du chapitre de la cathédrale, texte qui ne sera publié qu'après sa mort et qui témoigne de son talent d'humoriste.

Rien ne semble devoir l'arracher à sa vie provinciale lorsqu'il publie fin 1759 les deux premiers volumes de "Vie et Opinions de Tristram Shandy". Si ces deux premiers volumes firent scandale de par leur indécence à York, à Londres on ne tarit pas d'éloges sur son audace et son esprit. Il y est invité chez les princes et Lord Fauconberg lui fait obtenir l'importante cure de Coxwold. C'est donc là qu'il s'installe avec la ferme intention de ne faire qu'écrire et de publier deux volumes de son Tristram Shandy par an. Ainsi paraissent les volumes 3 et 4 en 1761 et les 5 et 6 en 1762. Sa santé devenue précaire le pousse, sur les conseils de son médecin, à aller se reposer dans le sud de la France. De passage à Paris, il est reçu avec enthousiasme et il en profite pour faire connaissance avec la haute société française. Il fait aussi connaissance avec une Catherine de Fourmantelle demeurant à York qui fut l'objet d'une correspondance révélant son caractère tout comme Elizabeth Draper, son dernier amour concluant de nombreux succès féminins.

De retour en Angleterre, il publie en 1765 les volumes 7 et 8. C'est au retour d'un voyage en Italie (toujours pour des raisons de santé) qu'est publié le neuvième et dernier volume de son grand oeuvre.

Ce roman sans précédent où il use de tous les artifices stylistiques (tirets, pages blanches ou toutes noires, blancs, interjections...) ou rhétoriques est à la fois d'une rare érudition (les deux premiers volumes publiés par les éditions Tristram en 1998  en un tome de 460 pages compte pas moins de 230 pages de notes obligant ledit éditeur a cesser cette édition et à la reprendre en un seul tome mais sans ou très peu de notes tant l'ouvrage est riche) et d'un humour satirique dont les moeurs de la bonne société, des ministres sont les victimes. Inspiré par Cervantés, Rabelais ou Voltaire, il a surtout servit d'exemple à de nombreux auteurs parmi lesquels nous citeront Diderot ou Joyce. Construit d'incessantes digressions, de reflexions philosophiques, de traits d'humour voire de boufonnerie, le héros Tristram Shandy n'apparait finalement qu'à la toute fin de l'ouvrage, les déboires et débats passionnés de la famille Shandy, de leurs amis et de leurs domestiques, qu'ils concernent l'obstétrique, l'amour ou l'art de la guerre, nous passionnant jusque là.

Il s'agit là de l'objet littéraire le plus libre, le plus "éclaté" le plus jubilatoire, le plus instruit et subversif qui soit !

Les éditions Tristram citées plus haut l'ont donc réédité en un tome en 2004.

par DITEAU publié dans : PORTRAITS D'AUTEURS
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
créer son blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus