Texte libre

Mardi 5 septembre 2006

Parmi ce foisonnement littéraire et pseudo-littéraire de septembre, il est un ouvrage qui, loin de nous offrir l'évasion, le rêve, nous ramène à la (triste) réalité du statut d'écrivain.

Ce n'est certes pas la première enquête sur le sort des écrivains mais à l'heure où les boutiquiers de la littérature ressortent leurs têtes d'affiches déjà fardées, cet éclairage donné sur ce petit peuple de l'écriture est intéressant.

Basé sur une enquête réalisée en 2004 et 2005 auprès de 503 écrivains de la région Rhône-Alpes dont en entretien avec 40 d'entre-eux, LA CONDITION LITTERAIRE de Bernard LAHIRE aux éditions La Découverte, ce livre nous rappelle que 98% des écrivains sont contraints d'exercer une autre activité professionnelle pour gagner leur vie.

Ainsi, comme il le rappelle, leur travail d'écriture permet de faire vivre toute la chaîne littéraire de l'éditeur au libraire (dont le sort n'est d'ailleurs pas doré, nous y reviendrons) en passant par l'imprimerie sans que lui même puisse en vivre. Il rappelle à juste titre que l'intermittent à un statut ce qui n'est pas le cas de l'écrivain.

Bien sûr, rien de nouveau mais le rappeler, en ces temps où pourtant chacun veut se targuer du culturel, s'honorer d'écrire et nos "élites" les premières, le paradoxe est à noter.

Il met également en lumière des spécificités que l'on ignore souvent. Ainsi 71% de ces écrivains ont un niveau égal ou supérieur à BAC+2 (la proportion est de 17% dans la population) et ils sont très majoritairement des hommes alors même qu'il n'y a pas d'acte plus libre et simple que d'écrire.

Une étude interessante qui permet de remettre en lumière ce statut tant souhaité mais totalement ignoré des écrivains.

par DITEAU publié dans : ACTUALITES LITTERAIRES
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Dimanche 27 août 2006

Voilà les parasols ensablés repliés, les fugaces villégiatures en conserves numérisées que viendront picorer les nostalgies désensoleillées que déjà, tels de fallacieux Prométhées, les marchands de pages surgissent, dans le rôle de la mater familia consolant ses plébéens en annonçant que les armoires sont pleines de couvertures en piles bien serrées, que l'automne sera chaud et douillet, les voici venant éclairer nos obscurités culturelles des halos ptolémaïques, eux, dignes descendants de ce siècle des lumières. Ô gloria, voilà la saison où poussent les livres que l'on décharge à la fourche et eux, fiers éditeurs, clergé du savoir en robe d'apparat, trompettant leurs chiffres car oui, c'est là que le bât blesse, ils ne sont que marchands et leurs chiffres annoncent assez qu'ils ne sont finalement que des comptables.

Qui pourrait se plaindre des 682 parutions annoncées ?

375 fictions françaises, 205 dans le domaine étranger et 102 premiers romans, voilà une récolte comme on les aime ! Bien sûr, la littérature est une richesse dont on ne saurait ici énumérer les bienfaits tant elle en compte et conséquemment, chaque édition est un bienfait alors quoi ? Pourquoi ce ton acerbe, cette acrimonie ? N'y a t-il pas là à la fois le choix, l'émergence de nouveaux talents, la résurgence de talents confirmés prometteuse de bons moments d'évasion et d'érudition ?

Abondance de biens ne nuit pas diront les psitacistes or, c'est oublier que la littérature n'est pas le poireau et qu'elle n'a pas de saison, que l'hyperproductivité n'a jamais servit ni la qualité ni le renouveau. C'est oublier que les ordonnanceurs de cette grande foire sont les mêmes qui ont étouffés les éditeurs indépendants dénicheurs de talents, les téméraires qui vont chercher hors de cette littérature en série les auteurs ambitieux, inventifs, originaux, que ce sont eux qui tuent la librairie comme la grande distribution tuent les agriculteurs, eux qui imposent leurs circuits de distribution. Par ces chiffres on veut nous démontrer que l'édition se porte bien, certes mais la littérature, comment se porte t-elle ?

Combien de libraires auront le loisir d'exposer, de proposer, de défendre chacun de ces 682 romans ? Le libraire, le lecteur ne peuvent tout lire, tout connaître de chacun des ouvrages et chacun va donc se fier aux catalogues et aux publicités que les marchands proposeront et à qui bénéficiera le système ? A ceux vers lesquels iront les budgets pourvoyeurs sans risques d'une rentabilité financière, ceux que l'on alignera au départ du prix qu'on court. Que va t'on nous vendre ? Angot, Nothomb, Werber, Gaudé, Ferney, Bon, Huston, Irving, Updike et qui entendra parler de Desalmant, Krauss ou Mercier ces trois premiers romans noyés dans cette vague, pour lesquels on ne va pas mettre le budget en péril ? Ces livres qui n'ont plus que quelques semaines, au mieux, à passer sur la table du libraire car vite, il faudra faire de la place aux émois des présidentiables.

Il n'y a, bien sûr ici, aucun dénigrement des qualités littéraires des uns ou des autres, juste la dénonciation d'une imposture dont on se vante en en masquant l'évidente perversité.

Messieurs les éditeurs, le livre n'a pas de saison, publiez toute l'année, tous les jours sans noyer les uns sous le rouleau compresseur des autres, donnez sa chance à tous. Halte au bazard littéraire, oui à la littérature.

 

par DITEAU publié dans : ACTUALITES LITTERAIRES
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